03.09.2007
chapitre 22 - suite
- J’arrive de Pessac. Un fort parti armé se dirige vers la forteresse et le capitaine Mathieu m’a dépêché pour vous avertir et quérir des renforts.
- Cette fois ma mie, vous ne me refuserez pas la bataille ! dit Joceran en se retournant vers son épouse.
- Loin de moi cette idée. Je sais reconnaître quand il faut recourir aux armes.
- Je serai des vôtres Joceran, déclara fermement Louis.
- Mais tu ne sais pas te battre ! s’inquiéta aussitôt Marciane.
- Je me suis pourtant longuement entraîné avec Bertrand ! s’indigna Louis, à mon corps défendant quelquefois, je le reconnais, ajouta-t-il plus doucement, mais je ne suis plus un enfant, Mère, et moi aussi, je sais reconnaître quand il faut se défendre !
- Fais comme tu l’entends, concéda sa mère résignée.
Les préparatifs furent rondement menés. Des estafettes furent envoyées sur l’heure rassembler la bannière de Légnan dans la nuit. Au petit matin, quinze chevaliers, des écuyers et des sergents étaient prêts à se porter au secours de la forteresse. Le cœur gros, Marciane vit partir son fils, grave et martial sur son cheval, portant fièrement sa lance, épée au côté. Son haubert et sa côte de mailles étaient un peu grands pour lui et, sous le heaume, elle ne le reconnaissait plus. Elle les regarda longtemps s’éloigner, regrettant cependant de n’avoir pu prendre part à l’expédition. Elle avait senti toutefois qu’elle aurait dérangé son époux en voulant l’accompagner.
Dame Catherine compatissante, lui conseilla de rentrer se réchauffer dans la salle, car l’air était bien frais de si bon mâtin.
- Une si vaillante compagnie aura vite le dessus et les mauvais s’enfuiront sans demander leur reste, dit la brave femme pour rassurer sa maîtresse.
- Je connais les combats, répondit tristement Marciane et, tout en ayant confiance en leur vaillance, je sais les dangers qu’ils courent malgré tout. Pourquoi faut-il que la violence renaisse inlassablement !
Marciane se rapprocha frileusement du feu qui pétillait dans la grande cheminée.
- Je n’ai pas revu votre fille, dame Catherine, comment se porte-t-elle ?
- Elle a ouvert un ouvroir où elle emploie des apprenties à broder des nappes d’autel et des chasubles de toute beauté, répondit la gouvernante, radieuse. L’évêque de Grenoble en a commandées et lui envoie sans cesse de nouvelles demandes. Son affaire marche bien, elle en est très fière.
- Et votre petit-fils ?
- Il a eu des hauts et des bas, parfois des crises le terrassaient et il fallait alors le tenir enfermé. Mais le sacristain du couvent lui a confié depuis peu la charge de sonner les cloches. Cette mission l’a transformé ! Il s’épuise à tirer sur les cordes et se grise des sons dont il est le maître. Il est enfin heureux !
- Voilà de bonnes nouvelles, dit Marciane sincèrement.
Elle ne trouva plus rien à dire, trop accablée par ses soucis. Discrètement, la gouvernante se retira car elle sentait que la dame avait envie d’être seule. Marciane, après un moment, se réfugia dans la chapelle pour prier.
Pendant ce temps, la bannière de Légnan se dirigeait à vive allure vers Pessac. Deux écuyers et quelques sergents avaient été placés en avant-garde, Joceran, suivi de près par Louis qui avait pour consigne de le suivre, marchait en tête du gros de la troupe. Le temps était clair, la température clémente malgré qu’il fut très tôt. Déjà le ciel s’éclairait à l’est, des bouffées d’air frais signalaient le lever prochain du jour. Ils montaient la rude pente menant à la forteresse lorsqu’ils aperçurent un petit berger qui fuyait à leur approche, tout en poussant son troupeau devant lui avec l’aide de ses chiens. Joceran ne lui accorda pas un regard, mais Louis le héla et le comte se retourna, surpris.
- Nous devrions nous enquérir auprès de cet enfant de ce qu’il a pu voir.
- Qu’est-ce qu’un berger peut apporter ? demanda dédaigneusement Joceran.
- Il a pu se rendre compte de l’avancée des troupes. Pourquoi fuirait-il sinon ?
Joceran haussa les épaules, mais obtempéra.
- Petit, viens, n’aie pas peur. Je suis ton seigneur et tu n’as rien à craindre de moi. Tu auras une récompense, insista Joceran.
L’enfant s’arrêta et revint sur ses pas, lentement, comme à regret. La troupe s’était arrêtée sur un ordre du capitaine Giraud. Tous regardaient, un peu intrigués, ce qui motivait cet incident. Lorsque l’enfant fut à portée de voix, Joceran lui fit signe d’approcher encore.
- Pourquoi fuyais-tu ? Avais-tu peur de nous ?
- Oh non ! Seigneur, pas de vous, mais j’ai vu des routiers qui avançaient sur la route du col, une troupe importante ! Il ne fait pas bon les croiser, ils auraient bien volé mes moutons !
- Ils assiègent Pessac ?
- Non, Seigneur. Ceux qui assiègent Pessac ne sont pas nombreux. Mais ceux-la, oui ! Des centaines ! Chevaliers, hommes d’armes, chevaux, mulets…
La nouvelle était inquiétante car ils n’étaient pas de taille à se mesurer à un ost de cette importance ! Joceran était perplexe.
- Pourrais-tu nous indiquer un endroit où les guetter ? demanda alors Louis à l’enfant. Tu en seras bien récompensé. Le seigneur Joceran t’achètera le plus beau bélier du marché. Réfléchis !
- Il faudrait quitter la route, indiqua le gamin, et prendre la piste des troupeaux. A un endroit, on dominera le passage que prendra l’ost.
- Montre-nous le chemin et tu auras ton bélier, reprit Joceran fort intéressé.
- Mais mon troupeau ! Que deviendra-t-il ? s’inquiéta le berger.
- Macard s’en occupera, il s’y connaît, suggéra le capitaine Giraud entrant dans le jeu.
- Bien vrai ?
- Promis, juré !
- Alors je veux bien, et vous savez, suggéra le petit, voyant soudain son futur bélier grossir, il y a un moyen bien simple de les arrêter, si vous le désirez.
- Vraiment ? Et lequel ? interrogea Joceran sceptique.
- En déclenchant une chute de neige ! Entre la route et la piste, il s’est accumulé une grande poche de neige que le redoux a ramollie. On peut facilement la faire couler sur la route.
- Une avalanche ! s’exclama Louis. Bien sûr !
- Viens, petit, mets-toi en croupe derrière moi, et si nous réussissons, tu ne le regretteras pas !
Et la bannière de Légnan, guidée par le petit berger quitta la route pour prendre la piste qui la contournait. Ils chevauchèrent longtemps, sans bruit. Le soleil brillait, les naseaux des chevaux fumaient, et les chevaliers commençaient à maugréer que l’enfant les trompait et que c’était folie de s’en remettre à un petit paysan pour guider des hommes d’armes. Joceran lui-même se mettait à regretter sa décision. Que de temps perdu ! N’était-ce pas un guet-apens pour laisser au contraire le champ libre à l’ennemi ? Mais que faire contre un adversaire si supérieur en nombre ! La piste changea soudain de sens, se rapprochant de la route tout en la surplombant car on avait grimpé hardiment. L’enfant tapota sur l’épaule de Joceran.
- Nous approchons du but, murmura-t-il. Il ne faut pas faire de bruit et laisser là vos chevaux.
Sur un signe de Joceran, tous mirent pied à terre et, confiant les montures à la garde de quelques hommes, ils s’en furent, baissés et silencieux examiner la route en contrebas. Ils la dominaient de très haut et la neige étincelait sur la pente. La voie était encore déserte, mais on entendait déjà les bruits caractéristiques d’une troupe en marche : entrechocs métalliques, bruits de sabots, ronflements de nasaux…
- Pour faire couler la neige, il faut taper tous ensemble avec les épées, les lances pour l’ébranler, dit l’enfant à voix basse.
- Oui, nous savons comment se déclenche une avalanche, murmura Giraud.
Ils s’allongèrent tous le long de la crête.
- Attendez mon signal, ordonna Joceran.
Les premiers cavaliers apparurent, chevauchant sans aucune appréhension, sûrs de leur puissance. Lorsqu’ils se furent suffisamment engagés, Joceran siffla et ses hommes se mirent à battre la neige qui frémit, puis se mit lentement en mouvement. Très vite, la vague s’accéléra en chuintant et une énorme masse de neige déboula sur la route, engloutissant ceux qui s’y trouvaient, bloquant complètement le passage, dévalant sur le devers. Hommes et chevaux furent balayés impitoyablement. Lorsque le flot se tarit, la masse blanche avait pris possession de la voie. Ils entendirent en deça de l’avalanche des cris, des hennissements, des bruits de ferraille. Les arrivants bousculaient ceux qui voulaient s’enfuir tandis que les chevaux, fous de terreur, jetaient leurs cavaliers à bas, partout les hommes juraient, suppliaient, hurlaient… C’était la panique ! Peu à peu, dans le désordre, les assaillants rebroussèrent chemin et le silence s’abattit sur la tragédie.
Joceran se releva.
- Bien, je crois que notre affaire est réglée. Petit, tu auras le plus beau troupeau de la région ! Nous pouvons nous en retourner vers Pessac et nous mesurer avec ses assiégeants. Nous ne serons pas pris à rebours !
La bannière regagna par le même chemin la route qu’ils avaient quittée quelques heures plus tôt. Ils rendirent le berger à son troupeau tout en lui remettant une bourse confortable que le gamin empocha les yeux brillants de joie, et prirent l’embranchement de Pessac un peu plus haut. Les assiégeants n’avaient pas mis de guetteurs et se tenaient à proximité raisonnable des remparts, sûrs d’être promptement rejoints par des renforts, leur présence ne servant qu’à empêcher une sortie éventuelle des hommes de la forteresse.
Les gens de Légnan leur tombèrent dessus à l’improviste comme des enragés, gonflés par le succès inespéré qu’ils venaient d’obtenir. Les Italiens se défendirent mais plièrent vite sous les coups des attaquants. Louis tenait un chevalier désarçonné au bout de sa lance quand le capitaine italien annonça la fin du combat.
- Nous nous rendons, il est inutile de continuer à nous battre car vous ne profiterez pas longtemps de votre victoire, dit-il goguenard.
- Ah ! Vraiment ! Et comment cela ? demanda Joceran.
- Les nôtres arrivent en masse. Vous n’êtes pas de taille à leur résister. Je n’ai pas de souci à me faire sur la durée de notre captivité.
- L’avenir nous le dira, répondit Joceran calmement. Désarmez les prisonniers et enfermez-les dans la forteresse. Louis, tu as gagné l’équipement de ton prisonnier. Tu as de la chance, il est de qualité ! Capitaine Mathieu, ajouta-t-il à l’adresse du capitaine de Pessac qui avait baissé le pont-levis, je vous laisse la garde de nos prisonniers. Soyez vigilant.
Et ils s’en retournèrent à Légnan, chargés de la bannière, des équipements et des montures des vaincus. Ils arrivèrent tard dans la nuit. Marciane veillait dans l’angoisse, assise au coin de la cheminée. Elle se força à ne pas bouger pour attendre dignement le résultat de l’affrontement. Les voix joyeuses et claironnantes qui s’approchaient la rassurèrent et ce fut donc le front serein qu’elle accueillit les arrivants. Elle vit son fils, elle vit Joceran, et le poids qui l’oppressait disparut. Louis, les cheveux collés par la transpiration et les traits tirés par la fatigue, lui sourit tendrement. Joceran exultait.
- Ma mie nous avons remporté la plus belle victoire qu’il soit ! Et contre une armée entière !
- Grâce en soit rendue à l’initiative de messire Louis, dit le capitaine Giraud tout sourire. Quel stratège !
- Et oui, ma chère, admit Joceran, un peu à contrecœur, votre fils a eu une excellente idée en nous faisant interroger un petit berger qui nous a guidés dans un défilé où nous avons pu l’anéantir toute une armée en marche en déclenchant une avalanche. Nous avons ensuite attaqué et promptement anéanti les assiégeants de Pessac. Une belle journée, ma foi !
- Comment avez-vous pensé, messire Louis, à questionner cet enfant ? demanda Giraud.
- J’ai étudié les commentaires de César sur sa guerre en Gaule, et j’ai remarqué qu’il prenait toujours grand soin, avant d’engager une bataille, de se renseigner sur les mouvements de l’ennemi, souvent grâce à des espions qu’il entretenait chez ses adversaires, quelques fois en questionnant justement les habitants mécontents de voir leur contrée soumise aux exactions des combattants et à qui il promettait la paix…
- Voilà de fort utiles lectures, le coupa Joceran. Je me suis contenté lors de ma captivité de lire des poésies ou les chansons des troubadours. Ecrites et chantées par des baladins, qui sont des rêveurs, elles ne sont guère utiles pour conduire une guerre. Je devrais remédier à cela !
- Avez-vous montré à votre mère le bel équipement que votre prisonnier a du vous concéder ? demanda Giraud.
Sur un geste de Joceran un valet l’alla quérir. La côte de mailles était une merveille, d’une légèreté incomparable et pourtant faite de plusieurs mailles de fer assemblées à la fois, elle était très résistante. Le heaume et le haubert étaient du plus bel acier niellé, les éperons et l’épée de Tolède finement damasquinés…
- Et le cheval est également splendide, ajouta Joceran. Louis l’a bien mérité. Il a proprement vaincu son propriétaire, qui doit être très fortuné pour jouir d’un tel équipement. Il pourra en demander bonne rançon s’il le désire.
- Louis fera comme il l’entend, il est en âge de décider par lui-même puisqu’il est en âge de combattre, dit Marciane en souriant.
Plus que de son combat, Marciane était fière de l’initiative de son fils. Loin de le couper du monde, ses études l’y avaient préparé car il savait les utiliser à bon escient. Et quel meilleur usage en faire que d’écourter la guerre ?
- Mais nous n’allons pas nous en tenir là, dit Joceran avec à propos. Il me faut découvrir ces Milanais voulaient nous envahir.
- Certes, c’est une question essentielle, approuva Marciane.
- Il me faut aussi mettre au courant de l’affaire le comte Guy-Raymond.
- Bien sûr, mais il n’était pas l’adversaire visé. C’est plutôt l’empereur que la ligue lombarde veut combattre ! Depuis que Conrad II a ceint la couronne de fer des Lombards, il y a presque un siècle, les Milanais n’ont cessé de se rebeller contre l’autorité des empereurs et Henri IV a du, à maintes reprises, engager des campagnes contre eux. La comtesse Mathilde de Toscane n’arrange pas les choses mais il est vrai qu’elle a eu à se plaindre de l’empire puisque Henri III l’a tenue longtemps prisonnière en Allemagne lorsqu’elle était enfant avec sa mère, Béatrice… Elle ne l’a pas oublié et ne cesse de susciter des ennemis à l’autorité impériale. Elle s’est même alliée autrefois avec la « Pataria » milanaise qui était le parti des classes populaires et du bas clergé, parce que les évêques penchaient du côté du parti de l’empereur… Pour l’heure, la comtesse Mathilde s’est brouillée avec les Lombards, mais eux n’ont pas, pour autant, oublié leurs griefs contre l’empire.
- Ils leur auraient été plus facile de passer le col du Brenner que par celui du Petit-St-Bernard pour atteindre la Germanie !
- Le col du Brenner est solidement tenu par le duc Welf 1er ! De toutes façons, les Lombards ne peuvent prétendre envahir le Saint Empire !
- Alors, que cherchaient-ils ?
- Saccager tout sur leur chemin, aussi loin que possible, pour narguer l’autorité impériale, proposa Marciane.
- Donc nous étions visés au premier chef et il faut mettre les choses au clair au plus tôt. Je m’en irai dès demain avertir le comte Guy-Raymond pour décider ce qu’il convient de faire en représailles. M’accompagnerez-vous Marciane ?
- Non, Joceran. Vous n’aurez aucun besoin de moi.
Joceran n’insista pas. Il sembla à Marciane qu’il préférait régler cette affaire seul, ce qu’elle comprit très bien.
Le repas se passa dans l’allégresse de la victoire. Le vin un peu acidulé du pays coula abondamment dans les gobelets des hommes que la rude journée avait assoiffés. La graisse des pâtés et les venaisons en sauce au poivre, auxquels tous faisaient largement honneur, ravivaient encore leur soif. Marciane n’ignorait plus rien des péripéties de la journée, longuement commentées.
- Ces Milanais ne se doutaient de rien ! se moquait Giraud. Ils comptaient être promptement délivrés par les leurs qui gisaient déjà sous la neige ou s’en étaient retournés affolés d’où ils venaient.
- Il y avait peut-être des survivants sous l’avalanche, remarqua Marciane.
- J’en doute, mais s’il en reste, ils ne sont sûrement pas d’humeur à se battre !
- Ne serait-il pas possible de s’en assurer ? Il n’est pas chrétien de laisser des hommes blessés sans secours, même si ce sont des ennemis, insista-t-elle.
Son intervention calma le brouhaha et Joceran se tourna vers elle :
- Il nous était impossible de le faire alors car nous avions le problème de Pessac à régler, mais vous avez raison, ma mie. Voulez-vous prendre la tête avec Louis d’une colonne qui ira examiner les lieux demain ?
- Je le ferai. Qui m’accompagnera ?
La curiosité, plus que la charité, aidant, nombreux furent les dîneurs qui se portèrent volontaires. Il fut donc convenu qu’ils retourneraient dès le matin sur les lieux de l’avalanche.
Par prudence, la colonne de secours s’était fortement armée, prévoyant le risque de rencontrer des éléments de l’armée ennemie rôdant encore dans les parages, ne serait-ce que dans le même but que le leur. Une belle journée s’annonçait lorsqu’ils prirent le départ. Certains, fatigués par la dure journée de la veille, regrettaient déjà de s’être laissés entraînés, dans l’euphorie des libations, dans cette nouvelle tournée, et l’allure n’était pas rapide… Marciane était pleine d’entrain. Elle avait envie de voir le théâtre des exploits de son fils. Sa prudence coutumière ne l’abandonnait cependant pas et elle scrutait attentivement les alentours, bien que leur troupe fût nombreuse et le danger minime. Au passage, Louis lui indiqua l’endroit où ils avaient rencontré le berger. Mais les alpages étaient vides de tout troupeau ce matin-là.
Ils n’empruntèrent naturellement pas la piste détournée et poursuivirent la route. Un grand silence régnait. Quelques aigles planaient majestueusement dans les airs, une troupe de chamois se profila sur une crête avant de disparaître prestement. La route serpentait pour s’élever de façon abrupte, la vue était limitée par les nombreux virages. Avant d’arriver sur le lieu de l’embuscade, Giraud, qui était en tête, s’arrêta pour écouter. Aucun bruit ne signalait ni présence ni signe de vie. Ils abordèrent le dernier tournant, un peu émus de se retrouver sur le terrain des opérations. La neige fondait lentement et des rigoles s’écoulaient le long de la pente, mais il restait encore une énorme masse de neige molle et gluante qui s’écroulait visqueuse sous les pas des hommes qui avaient mis pied à terre et s’avançaient prudemment dans la gadoue glacée, butant parfois sur un corps gelé !
- Il faut ramener les morts en terre d’église, dit Marciane. Des Chrétiens ont droit à une sépulture !
- Il ne reste que des cadavres, dame. Nous ne trouverons pas de survivants.
- Assurez-vous qu’il n’y a pas de blessés dans la pente.
Louis fut le premier à tenter de descendre. L’entreprise était risquée. Le devers abrupt, rendu glissant par la neige fondante, était parsemé de mottes et de cailloux. Des écuyers le suivirent, avec précautions sans mot dire. Soudain, l’un d’entre eux s’arrêta :
- Il y a un corps derrière ce monticule !
Ils convergèrent vers lui. Adossé au cadavre raidi d’un cheval, il trouvèrent un homme recroquevillé dans sa pelisse glacée, mais lorsque l’écuyer posa sa main sur lui, il tressaillit.
- Il est vivant ! criaLouis.
- J’ai fait apporter des civières, dit Marciane. Remontez-le.
- J’en ai trouvé un autre, cria un écuyer. Il respire encore.
Avec beaucoup de difficultés, des glissades, des faux-pas et le risque de dégringoler jusqu’en bas de la gorge, ils parvinrent à remonter les deux corps.
- Les autres ont du être entraînés dans la vallée.
.../...
06:50 Publié dans LE PUY AUX DAMES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




Les commentaires sont fermés.