28.08.2007
chapitre 18 - la naissance
Marciane, qui ne sortait plus guère, attendait avec impatience sa délivrance car sa corpulence lui devenant pesante… Les hommes étaient absents, et elle se dirigeait avec une servante vers le cuveau le jour où elle sentit qu’elle perdait les eaux. Elle fit appeler Guillemette et se remit au lit. Les douleurs se rapprochaient, de plus en plus fortes. Très pâle, la jeune femme cherchait, entre deux contractions, à récupérer son souffle en inspirant profondément. Guillemette l’aidait en appuyant sur son ventre : « L’enfant se présente bien. C’est la fin. Pousse fort, il va naître ! » Dans un dernier effort, Marciane se crispa pour expulser le bébé. Le crâne apparut, Guillemette l’enserra de ses mains expertes pour le dégager de sa mère et dans un chuintement doux, l’enfant tout gluant vint au monde. Guillemette noua le cordon et le nettoya vivement. Il criait à pleins poumons.
- C’est un garçon ! annonça Guillemette.
- Joceran avait donc raison, sourit Marciane. Il va en être si heureux !
Tandis que son amie s’occupait du bébé, Marciane ajouta d’une voix anxieuse :
- Guillemette, je ne me sens pas bien... Ne faudrait-il pas prévoir de la glace ?
Guillemette tendit précipitamment l’enfant à la nourrice et revint vers Marciane.
Tout en lui palpant délicatement le ventre, elle lui sourit :
- Marciane, ce n’est pas fini ! Tu en as un deuxième !
Une heure plus tard naquit une petite fille.
- Marthe et Humbert, murmura Marciane attendrie. Nous avions raison tous les deux. Et la lignée des femmes de Marcelly semble enfin assurée !
- Repose-toi. Tu as de bien beaux enfants, vigoureux et bien formés. Je vais chercher une deuxième nourrice pour contenter leurs appétits féroces !
Les petites bouches esquissaient déjà des tentatives de succion… Marciane savourait la tranquillité retrouvée de son corps tout en regardant ses nouveau-nés couchés contre son flanc. Guillemette lui avait fermement bandé le ventre et apporté une tisane pour arrêter la montée de lait. Elle était sereine et pensait à la joie de Joceran. Elle se sentait déborder d’amour. Ces deux petits êtres démunis et fragiles étaient si proches qu’ils ne semblaient pas encore détachés d’elle.
- Décidément ma mie, vous êtes surprenante ! Voilà que vous me donnez deux enfants à aimer alors que je n’en attendais qu’un ! Je suis un père comblé ! Votre fille est votre portrait et mon fils me ressemble. Avez-vous remarqué ?
- Libre à vous de le croire mon ami. Il est prématuré de rechercher des ressemblances chez des enfançons, mais un tel partage ne me déplairait pas.
- Vous voilà libérée. Nous allons entreprendre de grandes choses ensemble.
- Elever nos enfants, diriger nos domaines…
- Bien plus que cela ! Il nous faut agrandir notre horizon ! Le monde ne se limite pas à celui que nous connaissons.
- A quoi rêvez-vous donc Joceran ? Et que désirez-vous de plus de la vie ?
- La vivre intensément ! Nous n’avons qu’un temps, il ne faut pas en perdre une miette. Ne souhaitez-vous pas voyager, découvrir du nouveau, connaître ce que cache l’horizon, partir pour revenir plus riche d’expérience et heureux d’avoir tenté le nouveau, l’imprévu, l’impossible…
- Vous êtes un rêveur ou un visionnaire. Je me sens tellement attachée à ma terre modelée par mes aïeux, à ma mission parmi les miens, aux réalités quotidiennes, variées quoique vous en pensiez, sources de soucis mais aussi de satisfactions.
- Je vous apprendrai à rêver Marciane. Le monde appartient aux illuminés qui partent, guidés par leurs fantasmes. Ils reviennent comblés par leurs découvertes ou meurent satisfaits d’avoir été au bout de leurs chimères.
- Ils seraient heureux de leur échec ?
- Fiers de leur audace ! N’est-il rien de pire que de se contenter de son sort ?
Marciane était inquiète : cette rage de vivre semblait si bien correspondre au caractère d’Hubert… Elle craignit, après l’avoir souhaitée, l’influence que Joceran pourrait facilement prendre sur son fils. Elle le savait lui aussi tellement avide, d’aventures ! Quelles entreprises pourraient satisfaire cette rage de vivre qui leur faisait dédaigner le quotidien ?
10:50 Publié dans LE PUY AUX DAMES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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