20.06.2007
chapitre 24 - la reconquête
Rejoint par les émissaires de Marcia, Postumus regagna – de son propre chef – le poste de commandement dont on avait voulu l’écarter. Au vu des rapports qui l’attendaient, il rejoignit à bride abattue la Germanie batave et envahit les terres franques dégarnies par le départ des troupes d’invasion. S’enfonçant en zone ennemie, il pilla, razzia, rançonna, fit des prisonniers, brûla et saccagea. Puis, ayant amassé un énorme butin dont il promit leur part à ses troupes, il suivit la route des envahisseurs, massacrant sans pitié les retardataires qui s’attardaient à saccager les territoires envahis. Sa poursuite vengeresse lui faisait serrer de plus en plus près les hordes d’invasion qui s’enlisaient dans l’ivresse du pillage. Arrivé aux limites de l’Aquitania, il s’arrêta et avertit les troupes de l’Hispania de poursuivre la destruction des envahisseurs. Malheureusement, les premiers éléments des bandes franques avaient déjà détruit la ville de Tarragone.
-Comment n’ont-ils pas été capables de mieux défendre leur ville ? tonna Postumus furieux. Leurs portes n’étaient même pas fermées à l’arrivée des Francs ! Ils sont complètement inconscients ! Par qui sont-ils commandés pour être aussi vulnérables ?
Le péril étant conjuré, Postumus regagna – sans hâte – sa vieille base de Mongotiacum, en étalant tout au long du parcours ses trophées de victoire : chariots remplis de butin, prisonniers enchaînés, armes saisies, chevaux, bœufs, troupeaux... Sa réception fut un triomphe ! Arcs fleuris à la gloire du vainqueur, foule en délire clamant sa joie, fleurs jetées sous ses pas... Aux portes de la ville militaire, ses généraux l’attendaient, légions alignées présentant les armes. Le général le plus ancien en grade se posta au milieu de la voie et l’apostropha :
-Gloire à Postumus, notre Empereur glorieux et victorieux !
Postumus fit à sa troupe le signal de l’arrêt.
-Que dis-tu Brunnus Celtillus ?
-Tu es notre Auguste, nous t’avons choisi. La pourpre te revient de droit puisque tu es le seul à pouvoir vaincre nos ennemis.
Et l’armée toute entière se mit à crier :
-Vive l’Empereur ! Longue vie à Auguste !
-J’ai appris pourtant que César Salonius était installé à Colonia Agripina...
-Il est mort, Auguste. Nos troupes ne voulaient plus de ce fantoche qui a laissé les Francs nous envahir. Rome nous a trahis ! Nous nous passerons de Rome. Nous nous battrons sans elle contre les Barbares, derrière toi.
Postumus, majestueusement, leva la main droite, Brunnus Celtillus s’effaça et le nouvel Empereur à la tête de ses troupes fit son entrée dans Mongotiacum.
Naturellement, la pourpre ne laissait pas Postumus indifférent. Mais ses déboires l’avaient assagi. Il préféra demander à Marcia de le rejoindre avant de prendre une position marquée. A sa grande surprise, sa femme, qu’il aurait crue plus circonspecte, le félicita du sort qui le rendait maître de la Gaule.
-La prédiction d’Annarca se réalise ! dit-elle. Elle m’avait dit que je serai impératrice – pour le plus grand bien de la Gaule. Tu es le seul à savoir protéger notre pays des poussées barbares, le seul à l’avoir sauvé à plusieurs reprises. Il est juste que tu sois enfin libre d’organiser sa défense, sans dépendre d’intérêts contradictoires et néfastes. Accepte sans réticence la reconnaissance de ta compétence !
Postumus se coiffa, lors d’une cérémonie solennelle, de la couronne de lauriers de l’Imperator César Augustus. Il en fût fier et ému mais, en même temps, un sentiment de précarité – et presque de culpabilité – lui faisait douter de la valeur de sa dignité. Confusément, il aurait préféré rester le général victorieux d’une Rome forte et incontournable. La Belgica , l’Aquitannia et la Britannia lui firent allégeance mais l’Hispania – qu’il avait laissée se défendre seule contre des Francs – répondit évasivement à ses émissaires et resta dans le giron romain.
L’empereur Valerien mourut en captivité tandis que ses troupes, réduites en esclavage, construisaient les villes sassanides sous le fouet de leurs gardiens perses. Les Alamans, rendus hardis par les récentes défaites romaines, envahirent le Nord de l’Italie et Gallien dût rentrer en hâte d’Orient pour les combattre. Il réussit à les défaire à Milan, mais désormais l’Italie n’était plus un sanctuaire inviolé et les Barbares ne l’oublieraient pas.
Marcia, devenue impératrice, ne pouvait plus assumer ses fonctions de gouverneur. Elle nomma Lucterius à ce poste, ce qui comblait ses ambitions. Il avait la compétence et la capacité de travail nécessaire pour assumer parfaitement ces fonctions – avec l’aide de Prisca qui entendait bien ne pas être oubliée. Suite à cette décision, Marcia eut droit aux récriminations insidieuses mais persistantes de Domitius, qui considérait que l’aide qu’il avait apportée à sa cousine, en plus de son âge et son expérience de l’administration auraient dû lui valoir ce poste.
-Domitius, finit par répondre Marcia, je ne t’ai jamais parlé des dossiers secrets de Caïus Martinus, mais sais-tu que l’un d’eux te concernait ?
-Ce vieux vautour ! Il avait gardé une trace de cette peccadille !
-Peccadille ou non, tu as payé pour qu’elle ne soit pas révélée...
Domitius rougit violemment et contint sa rage, avec un regard mauvais.
-Ne crois pas, mon cher, qu’il est dans mes intentions de t’en tenir rigueur. Je te citais simplement le fait. Comme tu le sais, ces archives seront accessibles au grand public sur simple incident arrivant à l’un des miens. Tu n’en étais pas informé ? J’avais sans doute jugé inutile de te le dire, sachant bien ne rien avoir à redouter de ta part. Mais, pour en revenir à ton avenir, j’ai un projet susceptible d’utiliser pleinement tes excellentes capacités. Que dirais-tu de devenir curateur général des Impôts pour tout l’Empire de Gaule ? Naturellement, continua-t-elle avec un sourire, je te propose ce poste car j’ai une confiance absolue dans ton intégrité.
-Marcia, déclara Domitius, bouleversé, je suis fier et heureux de ta confiance, tu n’auras pas à te plaindre de moi !
-Etant veuf, Domitius, il est tout à fait légitime que tu aies repris femme. Mais – à ce que j’en sais – ta nouvelle épouse est très jeune et plutôt ambitieuse. Ne te laisse pas mener par l’attrait d’un trop jeune minois qui perturbe parfois les esprits les plus avisés ! Pour pallier une différence d’âge un peu voyante, certains sont prêts à toutes les extravagances…
Domitius rougit de nouveau, tout en étant furieux de se laisser deviner. Cette femme devait être un peu sorcière ! Ce genre de situation le guettait, il en était heureusement encore conscient. Elle était tout simplement bien renseignée.
Marcia utilisait de plus en plus les capacités d’Orgetoric et Eporedoric, devenus ses hommes de l’ombre. Elles les chargeaient de superviser ses informateurs, de remettre des plis secrets d’établir des contacts discrets. Ils étaient ses bras, ses oreilles et ses yeux – comme ils le disaient eux-mêmes. Ils la suivaient dans tous ses déplacements. Elle s’en excusa un jour auprès d’Orgetoric.
-Tu voulais te marier et avoir une famille, je crois. Mais je ne te rends pas la chose facile, tu es toujours en voyage avec moi !
-Je te remercie de t’en soucier, Domina, mais je me suis arrangé. En fait, j’ai résolu le problème en ayant une famille à chaque étape. A Lugdunum, à Marcellicus, à Mongotiacum, je suis toujours reçu à mon propre foyer ! Il va me falloir maintenant trouver une femme à Lutetia, puisque nous devons y faire de fréquents séjours !
-Oh ! Quelle malice ! Comment fais-tu pour ne pas t’embrouiller ? Tu as vraiment femme et enfants à chaque endroit ?
-Ma foi, oui… et tout le monde est heureux. Je suis bon mari et bon père, je t’assure. Bien sûr, chaque femme se croit ma seule épouse.
-Ton frère a-t-il la même philosophie de la vie familiale ?
-Non. Mon frère est un grand sentimental. Il espère le grand amour. Le trouvera-t-il un jour ? C’est moins certain, quoique...
.../...
09:30 Publié dans LA DOMINA | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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