14.05.2007
chapitre 25 - La rupture
L’hiver s’était installé avec son cortège habituel de tempêtes, de bourrasques de neige et de froidure. Les huttes étaient recouvertes de neige, mais leurs habitants y étaient bien au chaud. Quand ils sortaient pour vérifier leurs pièges ou se réapprovisionner en bois, ils étaient couverts de vêtements en fourrure qui les protégeaient efficacement du froid. Les animaux sauvages se terraient, inquiets et affamés, mais les hommes étaient bien nourris et leurs enfants avaient le ventre plein de bonne viande fraîche et de nourriture variée et abondante. Ils étaient nombreux et bien armés pour se défendre contre les fauves affamés qui auraient pu rôder près des villages. Les animaux domestiques eux aussi étaient à l’abri du froid et de la pénurie. Les réserves d’herbes sèches s’entassaient dans des granges et les enclos du bétail étaient pourvus de refuges bien calfeutrés où les bêtes étaient en sécurité.
Le temps était venu des loisirs forcés. On perfectionnait les instruments de musique et les séances de chants égayaient les longues soirées. Les femmes tissaient de nouveaux filets plus fins, plus résistants, tressaient des paniers, des hottes, préparaient des colifichets ou cousaient des vêtements. Les hommes affûtaient le tranchant des lames, aiguisaient les perçoirs et les pointes des sagaies ou créaient de nouveaux outils à partir des nombreux silex bruts de la caverne. Les femmes qui, lorsqu’elles étaient seules, avaient tant regretté ne pas savoir tailler la pierre ou se servir des armes, étaient reprises par les habitudes ancestrales et se montraient peu tentées par ces activités masculines. Seule Doua se montrait passionnée par cet apprentissage et se mêlait aux hommes pour s’y exercer, suivie souvent par les regards discrets, mais attentifs, de Marka et de Han. Elles se méfiaient un peu de son enthousiasme à toujours vouloir la compagnie exclusive des hommes, même si le brave Nak n’y trouvait rien à redire. Elles pensaient, avec raison, que Doua qui était consciente de la surveillance dont elle faisait l’objet, saurait rester dans des limites raisonnables de la coquetterie.
Des relations se nouaient entre les célibataires, Mela avait jeté son dévolu sur Bouba qui, timide et réservé, était en admiration devant sa vitalité et son entrain. Tout le clan se doutait aussi que Bouana et Djani ne tarderaient pas à trouver un compagnon parmi les jeunes hommes qui avaient rejoint le clan. Marka s’arrondissait et pensait quelquefois en souriant que ses préoccupations actuelles rejoignaient les soucis habituels des femmes : cuisine, grossesses, enfants, surveillance des femmes…Leur aventure ne constituait-elle donc qu’une simple parenthèse dans sa vie et dans celle de ses compagnes ? Allaient-elles renoncer à leur émancipation ? Marka, un peu confuse de son indolence, pensait : « Pourquoi ne pas se laisser aller quand tout allait bien ? Les problèmes avaient tous trouvé une solution et le clan vivait heureux et en paix… ». Elle se faisait presque à cette idée, se demandant toutefois si sa grossesse ne l’amollissait pas. Seule Han n’avait pas changé, toujours préoccupée de ses drogues, ses médecines et ses méditations dans le sanctuaire, attentive au moindre problème du clan et en apparence insensible au nouveau climat qui régnait chez les femmes. Elle prenait de plus en plus souvent avec elle Douna, la fille de Noun dont elle avait fait son disciple.
Les activités en hiver étaient ralenties. Les jours se succédaient, paisibles. Marka vivait avec Moran dans un cocon, attendant avec impatience la naissance de son enfant. La vie communautaire s’était relâchée depuis que chaque hutte était pourvue d’un foyer. Kirou, qui grandissait beaucoup, passait ses journées avec Dag et Toug, ou s’isolait pour tailler les silex suivant les besoins du clan. Il avait acquis une dextérité remarquable et Marka était fière de son talent. Le printemps revint avec son explosion de vie. La fête saisonnière fût bruyamment célébrée par la communauté dans la joie de la lumière retrouvée et des nombreuses naissances annoncées chez les jeunes couples. Les unions de Mela, Bouana et Djani avec Bouba et deux de ses compagnons furent célébrées à cette occasion. Il n’était plus question de voyages d’exploration. Koba, à qui sa mère avait malicieusement posé la question, répondit dignement qu’il ne pouvait décemment abandonner sa femme et son enfant à naître. Logo parla un moment d’aller rendre visite au clan de sa compagne, puis en repoussa la date.
Marka arriva au terme de sa grossesse et mit au monde, sous la surveillance attentive de Han, une petite fille solide et potelée. Han l’examina longuement et lui imposa ses mains sur la tête Elle souriait en affirmant « que les esprits ne l’avaient pas trompée ». Moran, assombri par le souvenir de l’accouchement tragique de Nidemba, avait préféré fuir le village au moment de la naissance pour se réfugier dans le sanctuaire. Il ne manifestait d’ailleurs pas beaucoup d’intérêt à sa fille, bien qu’il ait affirmé à Marka qu’il ne regrettait pas vraiment un garçon. Après sa délivrance, Marka passa de longues journées à s’occuper du bébé, plus émerveillée par sa fille qu’elle ne l’avait jamais été pour ses autres enfants. L’enfant grandissait sans problème, toujours attachée au dos de sa mère qui ne la quittait jamais.
Les beaux jours s’allongeaient et le clan passait volontiers les soirées autour du feu extérieur, près de la maison commune, sur le plateau. Un soir où Marka, étendue, les regardait bavarder et rire autour du feu, Han se glissa près d’elle.
- Tu as l’air satisfaite de ton clan, Marka.
- N’est-ce pas agréable de les voir tous si heureux ?
- Je les trouve plutôt amorphes qu’heureux. Il y a longtemps qu’ils n’ont rien créé de nouveau ! Ils n’ont plus de projet, ils ne savent que palabrer, boire et se chicaner.
- C’est un peu vrai, dit Marka, surprise de ne pas s’en être aperçue.
- Sans un souffle qui l’anime, un clan devient vite paresseux.
- Je te trouve sévère. Pourquoi se faire du souci ? Nous ne manquons de rien, nous sommes bien pourvus de commodités, de nourriture…
- Nous en avons peut-être trop ! C’est la pauvreté qui nous rendait créatifs et industrieux. Si tu laisses les choses aller sans y mettre bon ordre, le clan partira à vau-l’eau. L’union des esprits se perd et, avec elle, tout ce qui faisait notre force.
- Mais je ne vois pas de disputes ou de mésententes. D’autre part, ajouta-t-elle avec véhémence, agacée par cet oiseau de mauvaise augure, ceci n’est plus mon problème ! J’ai fait mon temps et je pense donner bientôt ma démission comme chef de clan. Ces questions ne seront plus de mon ressort.
Han s’éloigna en silence et Marka se prit à regretter qu’elle n’ait pas aussi trouvé un compagnon qui l’aurait peut-être rendue moins acariâtre. « Han cherche toujours la difficulté, elle ne sait pas être heureuse » soupira-t-elle. Pourtant, elle examina d’un oeil plus critique les membres du clan éparpillé. Doua était entourée par deux jeunes gens qui cherchaient à briller à ses yeux en racontant leurs exploits de chasse et, pour une fois, Nak semblait en prendre ombrage. La vieille Noun, sa mère, parlait avec véhémence à Mob qui haussa irrespectueusement les épaules et lui tourna même le dos ostensiblement. Dib reprochait à Toug et Rog de ne pas être venus l’aider dans l’après-midi comme ils auraient du le faire et ceux-ci répondaient en prenant l’air exaspéré. Lara se disputait avec Nandi parce qu’il avait passé l’après-midi à peindre dans la grotte au lieu de lui graver un pendentif. Koba et Mbami haussaient le ton sur des tactiques de chasse aux chevaux. Bouana et Djani se chicanaient à propos d’une querelle d’enfants…
Des voix aigres et criardes s’élevaient des groupes dispersés, et même les enfants qui d’ordinaire étaient plutôt calmes et silencieux le soir, se chamaillaient. « Mais où est la bonne entente du clan dont avait pu se réjouir Bouana, il n’y avait pas si longtemps ? » se demanda Marka, interloquée.
- Je vois que tu te rends compte de ce que je voulais dire, Marka, murmura Han qui avait réapparu. L’oisiveté leur est néfaste ! Il n’y a plus que Dib et Rina, Kadou et Dora qui travaillent pour nourrir toute la communauté. La chasse n’est plus une nécessité mais un divertissement. Et les chasseurs se croient supérieurs aux éleveurs. Il arrivera que ceux qui travaillent refuseront de nourrir les inutiles. De plus, pour agrémenter leurs loisirs, les oisifs fabriqueront des boissons fermentées, deviendront agressifs et se disputeront de plus en plus. Le clan éclatera et mourra de sa prospérité, comme il l’a déjà fait jadis, au temps de nos ancêtres…
- J’ai géré leur détresse ! Je n’ai pas envie de diriger leur bien-être, répliqua Marka. Je suis fatiguée et je veux vivre pour moi. S’ils ne sont pas contents, tant pis pour eux, je partirai avec Moran, loin d’eux tous ! Je ne suis plus le chef qu’il leur faut.
- Tu ne le peux pas trahir ! affirma Han avec force. Le clan a besoin de toi.
- Pourquoi serait-ce une trahison ? J’ai fait plus que mon devoir. N’est-ce pas suffisant ?
- Le clan, c’est toi, Marka. C’est toi que tu détruiras si tu t’en désintéresses.
- Ce sont des idées à toi. Le clan n’est pas en danger !
- Il l’est et tu le sais très bien, dit Han d’une voix sépulcrale, et elle disparut de nouveau.
Marka soupira. « Han est quelquefois bien pénible et bien compliquée ! ». Mais sa soirée était gâchée et elle se sentait mal à l’aise. Les propos de Han n’étaient malheureusement pas dénués de tout fondement. « Il va falloir faire quelque chose » pensa Marka. « Mais quoi ? Pourquoi n’ai-je plus l’énergie qui m’animait autrefois, ni l’envie de faire face, est-ce à cause de Moran ? » Elle se leva brusquement et mit sèchement fin à la soirée en déclarant que les discussions stériles n’étaient pas l’habitude du clan et qu’elle espérait que le jour les rendrait plus aimables. Ils la regardèrent surpris car elle intervenait moins dans la marche du camp. Sa réaction brutale les laissa désemparés et confus. Ils regagnèrent leurs cases sans mot dire.
- Ton idée de te retirer avec l’enfant et moi sur les rives de la rivière aux saumons est irréalisable, Marka. Jamais ils ne te laisseront pas partir, tu t’en rends compte ? lui dit amèrement Moran lorsqu’ils se furent retirés dans leur case.
Les jours suivants furent plus paisibles car Marka y veilla. Elle leur demanda à tous de se mettre à la disposition de Dib qui avait fort à faire dans ses enclos et personne ne protesta, l’autorité de Marka restait incontestée. Un après-midi, elle partit seule avec Moran, sa fille sur le dos, faire une longue promenade du côté de collines bleues. Le lendemain, elle monta dans le sanctuaire et y resta longtemps en contemplation devant la chouette. Han surveillait sans mot dire ses allers et venues. Marka retourna souvent avec Moran et sa fille passer la journée aux abords de la rivière aux saumons. D’ailleurs, Moran n’avait plus beaucoup d’occupations dans le camp. Finies les leçons de taille de silex ou de canotage, finis les conseils et l’empressement des garçons à lui demander son avis. Ils avaient grandi, ils avaient appris, ils avaient la compagnie nouvelle d’autres hommes, jeunes et valides. Moran était un peu oublié et Marka en souffrait pour lui, car elle le sentait amer et désœuvré.
Un matin, Dib vint demander à Marka de passer au camp de la plaine pour des questions concernant l’élevage. Elle descendit avec lui, sans Moran qui souffrait de sa jambe, comme cela lui arrivait quelquefois. Le camp de la plaine était actif et bien tenu. Toug et Rog s’affairaient à changer les moutons de parc. Kadou et Dora s’occupaient des jeunes génisses qui venaient de mettre bas. La tentative d’élevage des bœufs avait pleinement réussi !
- Quel succès, Dib ! s’exclama Marka heureuse de voir qu’ici au moins, tout était en ordre et fonctionnait à merveille. Tu peux être fier de ton entreprise !
- Peut-être, Marka, répliqua-t-il, mais certains ne partagent pas ce point de vue. Ils trouvent que notre travail manque d’intérêt et préfèrent s’amuser que nous aider.
- Tu as donc à te plaindre de tes compagnons, remarqua-t-elle amèrement.
- Naturellement ! Rina attend un enfant, et pourtant elle est obligée de continuer à travailler car les soins des animaux sont quotidiens. Et nous n’arrivons pas à nous faire aider. Pourquoi travailler pour les autres sans contrepartie ? C’est injuste !
- Tu voudrais donc rompre avec le clan ? demanda Marka doucement.
- Non ! Il n’en est pas question. Nous y sommes trop attachés, mais le problème est réel. Il faut que les choses changent, nous ne pourrons pas continuer dans ces conditions…
- Que te faudrait-il ?
- D’abord, nous ne sommes plus assez nombreux. Nous devons augmenter le nombre de ceux qui travaillent et vivent ici… Il faudrait aussi se spécialiser. Certains pourraient s’occuper des poules et des canards, d’autres des chèvres, des moutons et des porcs, un troisième groupe de l’entretien et de la construction des parcs, ou des abris pour les bêtes. Enfin, nous devons compter sur la fourniture constante de meubles, de vêtements, d’outils et de bois dont nous avons besoin, car nous n’avons pas de temps à y consacrer. Nous voulons bien approvisionner le clan en viande mais il nous faut en contrepartie des services équivalents… Tous doivent apporter leur contribution. Or plus rien ne se fait… pour nous en tous cas, c’est certain.
Ils continuèrent à deviser. Marka était étonnée de la sagesse de ses idées et de son sens de l’organisation. Jamais il ne lui avait parlé aussi longtemps d’égal à égal, sur des sujets aussi variés. Dib était jeune et assez réservé, et l’occasion ne s’était jamais présentée d’échanges de cet ordre. Marka le découvrait avec beaucoup d’étonnement et de satisfaction.
- Je trouve tes suggestions intéressantes et je te donne entièrement raison. Ne serais-tu pas tenté, continua-t-elle après un silence, de prendre plus d’importance dans le clan ? Et pourquoi pas d’en devenir le chef ? Après tout, c’est ton travail qui nous fait vivre maintenant, plus que la chasse. Il serait bon qu’un éleveur dirige le clan.
- Mais, Marka, le chef, c’est toi !
- Il serait peut-être temps que je me retire, murmura-t-elle.
- Oh non, Marka ! répondit-il avec fièvre, Non ! Ce n’est pas possible ! Sans toi, le clan n’existerait plus. C’est toi qu’il nous faut, c’est toi qui nous rassemble.
- Mais je ne suis pas éternelle, vous ne m’aurez pas toujours…
- Nous avons encore besoin de toi, crois-moi ! Tu ne dois nous abandonner.
Elle le quitta peu après et, songeuse, commença à remonter vers le plateau. Elle s’arrêta en chemin et regarda avec un peu de tristesse ces terres, son territoire. Le clan ? C’était bien son œuvre. Mais il s’accrochait à elle, comme sa fille sur son dos qui l’agrippait de ses petites mains. Son cœur se serra à la pensée qu’il était encore fragile et qu’il lui faudrait beaucoup de temps, de patience et de persévérance pour qu’il devienne adulte. « Je suis comme une mère avec son enfant » se dit-elle « confrontée à des problèmes de croissance… » Elle pensa à Koba et à sa révolte, à Kirou et à ses espoirs, à Mana, sa petite fille morte, au bébé qu’elle portait sur le dos, à tous les membres de son clan enfin. « C’est vrai que je ne peux pas les abandonner » se dit-elle « Ils ont besoin de moi. Ils sont tous mes enfants ! »
Comme elle allait reprendre sa route, elle vit Moran qui descendait avec sa besace sur le dos. Elle lui fit un signe de main pour qu’il la rejoigne.
- Ohé Moran ! lança-t-elle gaiement, heureuse de le voir. Où vas-tu donc si chargé ? Veux-tu que je t’aide ?
Il s’approcha et la regarda. Une onde glacée la saisit, comme si le soleil s’était brusquement caché. Interdite, elle s’arrêta et son sourire se figea. Moran était méconnaissable. Son regard était dur. Un rictus déformait son visage et lui donnait l’air féroce d’un homme prêt à tuer.
- Mais qu’as-tu ? Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle affolée.
- Je pars. Je ne sais pas où, mais très loin et pour toujours.
- Tu es fou ! Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ?
- Je sais tout ! Tout ce que tu m’as fait autrefois… Tu crois vraiment que ma vie me suffirait ? Horrible femme ! Tu ne m’as laissé aucune chance ! Tu m’as voulu infirme mais tu ne m’auras pas. Tu es dure, sans pitié, sans cœur ! Garde ton clan, garde ton pouvoir, garde tout ! Moi, je m’en vais. Je ne veux plus jamais te voir, jamais !
Il passa devant elle sans plus la regarder. Pétrifiée, elle resta incapable de réagir, incapable de parler, incapable de penser. Elle le vit descendre en claudiquant jusqu’à l’embarcadère, poser sa besace dans la petite pirogue qui était la sienne, s’y traîner, prendre sa pagaie et descendre le courant sans un regard en arrière. Elle le suivit des yeux aussi longtemps qu’elle le put.
Douloureusement, une phrase ancienne résonnait dans sa tête : « Peut-être lui sauvons-nous la vie. C’est bien assez ! » Le soleil continuait sa course, les ombres s’allongeaient, Marka était toujours statufiée. Les cris de l’enfant avaient fini par la sortir de sa torpeur. Machinalement, elle avait donné le sein à sa fille qui s’était rendormie sur son dos, dans sa hotte. Elle regarda encore le tournant de la rivière où Moran avait disparu. « C’est maintenant que je vais souffrir » pensa-t-elle. Mais elle était encore sous le choc, comme insensible… La souffrance viendrait plus tard. Elle reprit lentement le chemin du camp du plateau. Dans le camp désert régnait un silence inhabituel. Elle déposa sa fille endormie à la garde de Dina et alla s’enfermer dans le sanctuaire. Elle y passa plusieurs heures, figée dans une douleur muette. Elle en redescendit, droite et hiératique, mais vieillie et comme grandie. Personne ne se hasarda à faire le moindre commentaire et elle ne demanda rien à personne.
Les jours passèrent dans un calme feutré. Plus de fêtes, plus de chants, plus de palabres. Le travail avançait sans heurt et sans murmures. La vie continuait, en apparence inchangée. Han restait remarquablement discrète. Depuis le départ de Moran, Marka ne lui avait plus adressé la parole. D’ailleurs, elle parlait très peu, et juste pour l’indispensable.A la fin de l’été, Marka réunit un conseil solennel pour définir l’organisation des camps et de ses habitants. Elle ordonna des renforts pour Dib qui trouva aussitôt des volontaires prêts à assumer les charges de l’élevage. Chaque membre du clan reçut son lot de tâches à accomplir dans l’intérêt général. Tout se passa calmement et avec efficacité, sans discussions inutiles et sans récriminations. Après le conseil, Marka fit quelques pas qui la conduisirent par hasard devant le petit enclos qui entourait les graines que Moran avait mises en terre autrefois. Machinalement, elle y jeta un regard : des plantes blondes avaient poussé et leurs tiges ployaient sous le poids des épis chargés de graines… Alors un grand calme envahit Marka, tel qu’elle n’en avait plus connu depuis l’après-midi tragique où Moran s’était enfui. Elle eut l’impression de pouvoir enfin respirer librement : « Il reviendra, murmura-t-elle, le talisman ne peut pas mentir. »
Le soleil envoyait ses rayons obliques sur la grotte et éclairait d’une lueur dorée la pierre d’entrée du sanctuaire lorsque Marka, solitaire et glacée, reprit à pas lents le chemin de la caverne…
FIN.....................................
07:30 Publié dans LA DAME DE PIERRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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